Hamé fait s'agiter la Cour de cassation

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Qui aurait imaginé en 2002 qu'une déclaration un peu chaude à l'encontre de la police et de la justice signée Hamé, membre du groupe de rap La Rumeur et publiée dans le fanzine accompagnant à l'époque la sortie de son premier album L'Ombre sur la mesure, aurait engendré sept années (et ce n'est pas fini !) de procédure judiciaire, et surtout une deuxième saisie de la Cour de cassation pour cette même affaire de diffamation ? Du jamais vu dans un dossier français relevant du droit de la presse.

A la sortie de ce fanzine, les cheveux se dressent sur la tête de notre actuel Président Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l'Intérieur. En effet, il y figure un texte considéré comme pour le moins provocateur : ''Les rapports du ministère de l'Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu'aucun des assassins n'ait été inquiété.'' Et le rappeur de poursuivre dans un second paragraphe : ''La réalité est que vivre aujourd'hui dans nos quartiers, c'est avoir plus de chance de vivre des situations d'abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l'embauche, de précarité du logement, d'humiliations policières régulières, d'instructions bâclées, d'expérience carcérale, d'absence d'horizon, de repli individualiste cadenassé, de tentation à la débrouille illicite... C'est se rapprocher de la prison ou de la mort un peu plus vite que les autres...'' Un véritable pavé dans la mare politique, qui n'est pas pour arranger les relations tendues qu'entretient le pouvoir avec les banlieues.

A la lecture de ce pamphlet, le sang du Ministre Nicolas Sarkozy ne fait qu'un tour et ni une ni deux, Hamé est alors traîné devant le tribunal correctionnel. Une première fois relaxé, le rappeur doit faire face à un procès en appel. En juin 2006, il a pourtant de nouveau gain de cause. Mais pas question pour le gouvernement de laisser cet affront impuni... Alors aux grand maux, les grands remèdes : les hauts magistrats renvoient l'affaire devant la Cour d'appel de Versailles. Mardi dernier, et ce pour la troisième fois consécutive, un arrêt est rendu en faveur de l'artiste.

Mais ces trois relaxes n'ont pas altéré l'envie du Gouvernement de voir le rappeur condamné, comme si son cas devait servir d'exemple. Voilà donc qu'un deuxième pourvoi en cassation a été requis, fait inédit dans l'histoire judiciaire française.

Interviewé par Thomas Blondeau pour son blog tomazik.wordpress.com, Maître Tricaud, avocat de Hamé, constate : ''Je n'ai pas de statistiques mais un pourvoi du parquet général en matière de presse, je n'en avais jamais entendu parler. Et un pourvoi sur un arrêt de renvoi en matière de presse je ne suis pas sûr qu'il y en ait eu un depuis l'écriture de la loi sur la presse en 1881. On peut vraiment parler de portée historique parce que c'est quelque chose qui n'arrive jamais. En 28 ans de métier, je n'ai jamais vu, même dans les autres domaines du droit, de second pourvoi après un arrêt de renvoi. ''.


 
 
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