Yves Saint Laurent et Pierre bergé : leur amour fou

le - Pierre Thoretton

Pierre Bergé et Yves Saint Laurent se sont aimés pendant cinquante ans, mettant en commun leurs histoires exceptionnelles, et ont fait de la collection d'art qu'ils ont rassemblée au fil de leur vie le reflet de cet amour extraordinaire. C'est ce que raconte  Yves Saint Laurent – Pierre Bergé, L'Amour fou, réalisé par le plasticien Pierre Thoretton. Un documentaire en forme de déclaration d'amour à la beauté et à la création.

Pierre Thoretton, pour évoquer l'histoire en question, a choisi la voix de Pierre Bergé, qui parle et raconte... Le film est le fruit de "six cessions d'entretiens", comme l'explique le réalisateur. La parole de Pierre Bergé est le fil tendu du film, celle du conteur qui se souvient sans trop en dévoiler – on connaît sa retenue. Les mots, entremêlés d'images d'archives – depuis le tout jeune Saint Laurent jusqu'aux dernières années – nous emmènent au cœur d'une aventure amoureuse et artistique d'un caractère exceptionnel. Ces mots nous racontent l'histoire qui s'est construite peu à peu, au fil des années rythmées par les défilés sans cesse renouvelés, que le créateur voyaient revenir avec terreur... On découvre là un Yves Saint Laurent surdoué mais inapte au bonheur, victime d'une fragilité dont les sources nous restent - et c'est bien – mystérieuses, qui connaît les errements nocturnes et les lendemains matin qui déchantent. Un côté sombre, mais qui n'éloignera jamais Pierre Bergé. Et puis de l'autre... deux hommes qui se sont trouvés, et qui construisent leur amour pierre par pierre, chaque élément étant une œuvre d'art qu'ils acquièrent, au gré de leurs coups de foudre respectifs. Entre les sublimes jardins Majorelle de Marrakech, qui deviennent leur propriété en 1980 (où reposent les cendres de Saint Laurent), et leur domicile parisien, chaque pièce de musée trouve sa place. Et on est reconnaissant à la caméra de s'attarder dans ces fantastiques écrins, glissant doucement, comme caressante. Elle prend le temps, nous laissant celui de la contemplation.

Et l'histoire mélancolique racontée ici, l'autre fil rouge du film, c'est celle de cette collection vouée à disparaître, comme une métaphore de l'amour parti avec la mort de Saint-Laurent. On assiste, de loin en loin, au décrochage des œuvres en vue de la vente qui aura lieu au Grand Palais en février 2009. Comme un ballet réglé au millimètre, des mains professionnelles attrapent les Matisse, les Mondrian, le Brancusi chéri de Bergé, les Ingres, pour les préparer au transport. Il y a juste la musique qui accompagnent ces images-là, et une sourde émotion monte, car on voit une époque se terminer, une collection extraordinaire, miroir d'une histoire qui ne l'est pas moins, vouée à l'éparpillement. Car une fois son amour perdu, Bergé n'a pas voulu cultiver le souvenir : "Ce sont les funérailles d'une collection, explique t-il. Mais les œuvres sont vivantes." L'émotion et la beauté émanant du film le sont aussi, indéniablement. Un film dédié à l'amour, à la création, qui parle de la fragilité des sensibles et de la beauté des choses, est une pépite précieuse. A garder au creux de la main.

News réalisée en collaboration avec Toutleciné.com.


 
 
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