Gordon Gekko est de retour ! A l'ombre pendant des années, il retrouve sa liberté mais le voilà fauché et paumé. Il a perdu son fils décédé d'une overdose, sa femme s'est barrée, sa fille l'a rejeté. Bref, c'est la "lose".
Wall Street, le coeur de la finance, n'a lui pas beaucoup changé tout comme Oliver Stone. Le propos est tout aussi musclé, cinglant, mais néanmoins gagné par une désillusion, une certaine mélancolie, la crainte de voir un monde se faire dévorer sans vergogne par un pognon inhumain, immoral. La crise est passée par là, le trait est donc plus appuyé, parfois un poil trop. Stone égratigne, cogne, stigmatise les pratiques en vigueur en envoyant Josh Brolin en première ligne. Celui qui fut son Bush incarne le mal absolu, sans foi ni loi, débectant mais ô combien saignant. Josh s'en délecte et nous régale.
Si Michael Douglas n'a quasiment pas pris une ride, magie du cinoche oblige, il est plus intriguant, voir vulnérable en père éprouvant les pires difficultés à renouer des liens avec sa progéniture. Face à lui, Shia LaBeouf, le super-héros capable d'écrabouiller les robots s'est étoffé. Sa présence électrise, apaise, attise le regard, rassure. En trader cintré dans ses principes, épris de la fille du héros, porteur d'un discours relativement sain, il est loin de se faire moucher par son aîné. En revanche, sa fiancée, Carey Mulligan est plus lisse. La jeune femme de Une éducation, peine à tout, y compris émouvoir.
En misant sur l'efficacité, en manquant peut-être d'un peu de mordant, de percussion, en brossant un portrait d'un monde gangréné de l'intérieur non sans brio, aidé par un casting mitonné aux petits oignons, en utilisant toutes les ficelles du genre, Wall Street 2 : l'argent ne dort jamais ne fait peut-être pas monter la cote du cinéaste au firmament mais il permet de ne pas perdre son temps, ce qui est loin d'être de la monnaie de singe.
