Pour l'adaptation de son propre roman, Pieds nus sur les limaces, Fabienne Berthaud réunit Diane Kruger et Ludivine Sagnier à l'écran. Un film champêtre et lumineux sur une "douce folie", qui pourra plaire à beaucoup, et en agacer certains…
Suite à la mort de leur mère, Clara (Diane Kruger), citadine mariée à un avocat, se retrouve en charge de sa sœur Lily (Ludivine Sagnier) dont l'exubérance est loin de faire l'unanimité. Peu à peu, ce drame va permettre aux deux sœurs de se retrouver, pour faire face au poids lourd des drames familiaux, et le caractère marginal de l'une permettra à l'autre de sortir d'une vie qui lui pèse, dans laquelle elle sommeille. Car, comme le déclare si bien Lily : "Tu t'es foutue dans un moule et si ça continue, tu vas finir comme une tarte".
Si Fabienne Berthaud a bien un talent, c'est celui de choisir ses actrices : Ludivine Sagnier, femme-enfant qui flirte avec la folie, et Diane Kruger, dont l'apparente maîtrise ne cesse de se fissurer, forment toutes deux un couple solaire à l'écran. Certes, Pieds nus sur les limaces pourrait être un drame, avec quelques scènes sombres où le danger de cette différence apparaît, mais l'humour bon enfant et l'éclat des personnages dominent.
Pourtant, quelque chose agace tout de même. C'est peut-être l'univers de Lily, créé par l'artiste Valérie Delis, devenue directrice artistique pour l'occasion : dans la forêt que le personnage s'approprie, on retrouve planté ça et là des membres de poupées, des pantoufles faites de fourrure d'animaux morts que la jeune femme se plaît à ramasser. Lily se balade en chemise de nuit à travers champs, cheveux en bataille et vernis écaillé. Comme il se doit, son authenticité fait d'elle la seule capable d'honnêteté, assénant aux autres leurs quatre vérités. Si elle décore la tombe de sa mère avec quelques guirlandes et autres apparats de sa confection, ou si elle s'empiffre durant la cérémonie, c'est parce que, contrairement aux autres, chez elle "c'est à l'intérieur que ça se passe". Même idée quand on assiste au début d'une orgie dont elle est la meneuse, et qui s'arrête bien vite dès que sa sœur apparaît : si Lily se donne aux autres, c'est par générosité. Si les autres en profitent, c'est par perversité.
Pour Fabienne Berthaud, "le personnage de Lily repousse les limites de la normalité et nous fait nous interroger sur les solutions de vie possibles, de quelqu'un qui n'entre pas dans le 'schéma'". Sauf qu'on ne fait pas le procès de la normalité en recourant au portrait, brossé selon les convenances, d'une telle "folie douce". Pieds nus sur les limaces est un film solaire qui offre une véritable fraîcheur, et se regarde sans peine, les facéties de Lily faisant naître un sourire. Mais, pour une réflexion sur la normalité et ses exclus, il faudra peut-être davantage chercher du côté des Idiots de Lars von Trier.
