Le discours d'un roi : Pourquoi il faut le voir

le - Colin Firth
Le discours d'un roi : Pourquoi il faut le voirVoir les photos Photo:DR

Chaque nouvelle année recèle ses promesses et ses films attendus avec impatience. Le Discours d'un roi est l'un d'eux, déboulant en France fort d'un accueil enthousiaste outre-Atlantique. Rappelons juste que Colin Firth vient d'empocher le Golden Globe du « meilleur acteur dans un film dramatique » pour sa prestation. Et en l'occurrence, l'impatience et la récompense sont largement justifiées.

Le roi est bègue ! Longue vie au roi !

Tom Hooper, qui s'est forgé une certaine expérience en réalisant des téléfilms, a toujours prouvé par ses sujets son attachement à l'histoire de la Grande-Bretagne. Quasiment inconnu du grand public, le voilà qui décide de peindre le portrait du père de la Queen, arrivé au pouvoir presque par hasard, et atteint d'un handicap majeur pour la fonction royale : un bégaiement. Car, à la veille de la Seconde guerre mondiale, tandis que les futurs ennemis de la nation s'affirment comme de grands orateurs capables de galvaniser les foules, le second fils du roi George V demeure tétanisé face au micro, qui retranscrit désormais à la radio les discours officiels. Un "satané engin qui va tout changer", comme le déclare le roi à son fils. Et lorsque le roi meurt, l'aîné Edouard VIII fait des siennes : présenté comme puéril et insouciant, il renonce au trône pour mener à bien ses projets de mariage avec une femme divorcée. Pour revêtir les habits délaissés par son frère, le futur George VI devra donc, avant tout, surmonter son bégaiement, grâce à l'aide d'un orthophoniste aux méthodes peu orthodoxes.

Au-delà de ces considérations dynastiques, le film se concentre avant tout sur la relation entre Berthie (George VI incarné par Colin Firth) et Lionel Logue, ou Willie pour les intimes (Geoffrey Rush). Trouver sa voix lorsqu'elle défaille, c'est remonter aux sources de la souffrance, à une enfance dorée et douloureuse. Tel est le remède apporté par Willie, citant Shakespeare plutôt que Démosthène pour bien prouver sa modernité. Ce médecin sans diplôme mais avec culot, acteur raté, travaille la « mécanique » du roi par des exercices de diction dont le caractère insolite ravit la reine (Helena Bonham Carter, surprenante dans ce rôle d'épouse aimante et discrète). Entre les murs décrépis de son orthophoniste, le roi délaisse peu à peu le protocole, se met à jurer et à chanter. L'amitié qui naît entre le médecin et son patient permettra au film d'aboutir à la scène finale, véritable acmé : le discours d'un roi à son peuple, déclarant la guerre à l'Allemagne nazie. Un texte de 9 minutes, retranscrit par les ondes, que le roi bègue devra prononcer sans « trébucher », pour parer son récent couronnement de légitimité.

 « Kinging » : faire le roi

On ne naît pas roi, on le devient. C'est ce que tend à démontrer la mise en scène du film, plutôt sobre et classique : au fur et à mesure que George VI s'affirme davantage dans son rôle, la caméra, qui le devançait au départ, le suit finalement dans sa « longue marche » finale vers l'appareil. Un appareil dont l'aspect révolutionnaire est discrètement mis en exergue : dans la scène d'ouverture, c'est d'abord ce micro qui nous est présenté, sous toutes ses coutures, ainsi que le rituel du présentateur radio, avant le rituel royal. Voici l'objet qui signe une nouvelle ère de la communication où les rois, et les politiciens, devront désormais faire figure d'acteurs. Si la majeure partie du film se concentre sur une relation d 'amitié profonde et intime, entre gros plans de Berthie et Willie, et juxtapositions de saynètes comiques entre les deux, la Cour royale n'est pas épargnée. Et notamment la religion, légèrement égratignée par la figure d'un archevêque courtisan, aussi habile dans ses flatteries que pour conspirer afin d'écarter Lionel Logue, australien sans titre qui jouit d'une trop grande influence sur le roi.

Au final, Le Discours d'un roi, s'attachant à l'anecdote du bègue plus qu'à l'histoire du roi, s'impose comme un divertissement sobre et émouvant, servi par un duo d'acteurs majestueux. Une histoire racontée sans fausse note, et que l'on écoutera, avec délice.

 

News réalisée en partenariat avec Toutleciné.com


 
 
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