Après un détour par la comédie (Looking for Eric), pourtant plutôt réussi, Ken Loach retrouve son sérieux habituel avec Route Irish, un film sur la guerre d'Irak.
«Route Irish» est le nom de code de ce qui est probablement l'endroit le plus dangereux sur Terre : la route qui mène de l'aéroport irakien à la Green Zone. C'est là que meurt Frankie (John Bishop), meilleur ami du protagoniste, Fergus (Mark Womack). Tous deux sont d'anciens militaires désormais au service d'une compagnie privée les payant richement pour protéger journalistes, médecins, hommes politiques et autres civils. Fergus ne croit pas à l'accident et mène sa propre enquête pour découvrir ce qui est réellement arrivé à Frankie, et surtout se venger coûte que coûte.
Cherchant à être sur tous les fronts, Ken Loach questionne tout d'abord ce paradoxe qui fascine les films de guerre : qu'est-ce qu'un meurtre en période de conflit ? Ce qui l'amène également à se demander qui gagne de l'argent dans cette guerre singulière, et surtout comment. Et ces soldats que l'on transforme en machines à tuer paranoïaques, comment sortent-ils de l'Irak quand ils n'y sont plus? La réponse semble être qu'ils n'en sortent pas, le film montre bien que la guerre suit les soldats jusqu'en Angleterre : si Fergus ne peut aller en Irak à cause d'une histoire de passeport, c'est l'Irak qui vient à lui, sous forme de flashbacks violents, de dirigeants et de soldats rentrés au pays et plus ou moins mêlés à l'histoire, de conflits intérieurs et extérieurs.
La violence, souvent centrale chez Ken Loach, est bien présente dans Route Irish, elle domine même le film d'un bout à l'autre, dans les faits, les gestes, les paroles, les intonations même, mais le résultat n'est pas toujours réussi et le film n'évite pas certaines lourdeurs loachiennes que la comédie lui permettait d'esquiver dans Looking for Eric. Cependant, grâce à un scénario efficace avec juste ce qu'il faut de conspirationnisme, l'ensemble est plutôt prenant.

