"Je n'ai rien oublié" : Depardieu ou la folie douce

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"Je n'ai rien oublié" : Depardieu ou la folie douceVoir les photos Photo:DR

Après Hell, Bruno Chiche porte à nouveau un roman à l'écran : adapté de Small World de Martin Suter, Je n'ai rien oublié suit l'intrigue du thriller familial, où la perte de mémoire d'un Gérard Depardieu fait remonter les secrets de famille à la surface. Un film inégal, porté par des acteurs brillants, mais qui, à trop vouloir calquer l'image du monde bourgeois au cinéma, en dresse parfois, la caricature.

 

Secret de famille

Conrad (Gérard Depardieu), ami d'enfance de Thomas Senn (Niels Arestrup), est relégué dans l'ombre de la famille richissime. Gardien de leur résidence secondaire, à laquelle il finit, accidentellement, par mettre le feu, il se retrouve à nouveau dans les jupons d'Elvira, la matriarche, lors du mariage du petit-fils. Peu à peu, la maladie d'Alzheimer apparaît et Conrad, qui erre parfois en chemise dans la campagne enneigée, devient une charge dangereuse. Car si sa mémoire proche s'enfuit, celle du passé, à l'inverse, ressurgit.

Ce personnage de vieux fou inoffensif ne semble pourtant pas déplaire aux femmes, qui entrent dans la famille sous l'effet des mariages. Ainsi, Elisabeth (Nathalie Baye), ex-femme de Thomas, retrouve durant quelques instants la complicité de leur romance de jeunesse. Et Simone (Alexandra Maria Lara), nouvelle venue, déjà trompée par son fiancé infidèle, s'attache à ce personnage que tous se plaisent à rejeter. C'est sa curiosité et son obstination à déceler la vérité dans les propos confus de Conrad, qui lui permettront de découvrir le secret de famille. Un secret qu'Elvira cherche à dissimuler à tout prix, mais que des albums de photos trahiront.

 

Petits meurtres entre bourgeois

On retrouve dans ce film un léger charme d'ancien temps : cette famille, si aristocratique dans ses manières et dans ses vices (appât du gain, alcoolisme, solitude, diktat des apparences), déambule dans les hautes pièces de sa demeure, comme autant de fantômes que les troubles de la mémoire de Conrad font revivre. L'air est vicié par le sceau du secret et les identités troubles. Et, comme dans un film chabrolien, c'est un élément extérieur (en l'occurrence, Simone) qui lèvera ce voile pesant.

Pourtant, la référence à Chabrol, et à ces alcôves où les meurtres se règlent en toute discrétion, n'est pas toujours maniée avec délicatesse. Ainsi, Elvira (Françoise Fabian) déambule dans la bibliothèque armée de sa canne, cheveux blancs, comme une marâtre capable de dissimuler, sous sa robe noire, une dague empoisonnée. Si Niels Arestrup est excellent dans ce rôle de noble décadent, trop accro à la boisson, Gérard Depardieu, lui, parvient à éviter les périls d'une folie douce, trop souvent rêvée, et mal incarnée. L'aspect suranné de ces décors, rendu par une image soignée, à la mise en scène classique et sans extravagance, contient néanmoins sa part de charme. Mais l'on pourrait regretter le choix de Bruno Chiche, qui semble se contenter de suivre le fil de l'histoire et les codes du genre. Un léger souffle de modernité et Je n'ai rien oublié aurait pris une toute autre vigueur.

Malgré tout, on se laisse facilement emporter par l'histoire, impatients d'en découvrir le mot final : un film qui mérite donc largement d'être vu, à condition de ne pas y faire reposer, malgré le casting prestigieux, trop d'attente.

 

News réalisée en partenariat avec Toutleciné.com


 
 
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