Plus de dix ans après le troisième opus, Wes Craven relance la saga Scream. Un pari risqué au vu de la baisse progressive de qualité de la première trilogie. Pourtant, le « maître de l'horreur » a su se renouveler intelligemment.
Du neuf avec du vieux
Dix ans après les meurtres commis par les différents tueurs en série portant le masque de Ghostface, voilà que de nouveaux assassinats ont lieu. Cela coïncide étrangement avec le retour de Sidney Prescott dans sa ville natale...
Jusqu'ici, rien de bien nouveau. On prend les mêmes et on recommence. Mais le film se révèle plus malin. Si les précédents reposaient avant tout sur une relecture amusante des codes « classiques » du cinéma d'horreur, celui-ci s'appuie sur les règles qui font... un bon remake. Vous l'aurez compris, c'est la mise en abyme qui prime avant tout, et le tueur s'acharne cette fois à reproduire, en « mieux », les crimes passés. Outre le retour des trois héros campés par Neve Campbell, Courteney Cox et David Arquette, toute la jeune génération d'acteurs issus notamment des séries (Hayden Panettiere, Kristen Bell, Emma Roberts) se prête au jeu de massacre avec enthousiasme. Entre autres atouts comiques, deux personnages de nerds ont notamment pour mission d'expliquer le principe du remake réussi, et d'actualiser les principes du film d'épouvante du 21e siècle, avec un ironique "tout a changé, c'est plus les années 90, maintenant pour être épargné, il faut limite être gay". Les clins d'œil et autres auto références sont légions, et semblent servir de pilule pour faire passer les parties purement horrifiques, qui, il faut bien le dire, sont rarement surprenantes. L'alliance de l'humour à l'adrénaline permet un rythme soutenu ponctué d'éclats de rire.
Récréatif
Contrairement à ce qu'affirme le slogan, la peur ne retrouve pas son vrai visage avec ce long-métrage. Mais elle retrouve sa bonne humeur. On joue à se faire peur, à sursauter, plus qu'on ne frissonne franchement. Cette démarche est totalement assumée. Depuis la scène d'introduction en forme de poupée russe (film dans le film dans le film), totalement régressive et hilarante jusqu'à la dernière séquence, tout est fait pour susciter l'amusement du spectateur. La voix trafiquée du tueur est maintenant une application iPphone, les débats sur le cinéma d'horreur fleurissent au détour de plusieurs dialogues et on retrouve même un acteur de Scary Movie 3 (Anthony Anderson). Lors d'un de ses fameux appels, le tueur va jusqu'à faire réciter à une de ses victimes l'intégralité des remakes de film d'horreur de ces dix dernières années... à l'exception d'un certain Freddy, les griffes de la nuit preuve que Wes Craven a la rancune tenace. Le second degré constant permet en effet au cinéaste de donner son avis sur l'évolution du genre qu'il affectionne le plus, en interpellant le spectateur. Dès les premières minutes, on sait par exemple ce qu'il pense de la saga Saw et de la dérive « film de torture » qui en découle... Un retour réussi pour une franchise dont le premier épisode remonte à 15 ans maintenant.
Photo:DR
