Après s'être fait remarqué avec le surprenant Moon en 2010, Duncan Jones récidive avec un nouveau film de science-fiction où drame et action se mêlent pour un résultat innovant.
Le militaire Colter Stevens (Jake Gyllenhaal) se réveille dans un train, sans aucun souvenir récent et, pire, dans la peau d'un autre. Huit minutes plus tard, le train explose et il se réveille à nouveau, cette fois dans une capsule où il apprend qu'il sera projeté à nouveau dans ce monde parallèle virtuel appelé "source code" jusqu'à ce qu'il identifie le poseur de bombe avant qu'il tue à nouveau.
Vision inédite
La force du film est de partir d'un lieu commun de la SF, à savoir le retour vers le passé, pour le détourner immédiatement. Le "source code" est totalement virtuel et n'a donc aucune incidence sur le monde réel. En d'autres termes, tous les passagers du train sont déjà morts et le héros ne peut pas les sauver. Ses supérieurs (en particulier Jeffrey Wright), dont le pragmatisme glace le sang, lui rappellent à longueur de temps qu'il ne faut pas se préoccuper de leur survie mais juste de l'identification du terroriste, pour procéder à son arrestation dans le monde réel. Le contexte joue également. Le film se passe dans un futur (très) proche, semblable en tout point à notre monde. C'est la première fois que la technologie du "source code" est utilisée et elle est loin d'être une science exacte. Il faut ajouter à cela la situation du héros, pas aussi simple que ce que l'on a bien voulu lui dire au début du film...
Si le principe de la boucle, revivre sans cesse le même moment, avait déjà été utilisé, c'était, la plupart du temps, sur un mode léger à l'image d' Un jour sans fin. C'est tout l'inverse ici. Ces mêmes huit minutes, ce même train enferment Stevens dans une routine angoissante et une solitude qu'il supporte de moins en moins. On notera d'ailleurs la maîtrise de la mise en scène qui parvient à suffisamment se renouveler pour éviter les répétitions malgré l'exercice de style imposé.
Ambivalence
La force du scénario réside dans son absence de manichéisme. Si Stevens est naturellement touché par les personnes qui l'entourent dans le "source code", les ordres de sa hiérarchie, tous cyniques qu'ils soient, ont pour but de sauver des vies. Tiraillé, c'est le personnage de Vera Farmiga qui correspond le plus à la tempête sous un crâne qui guette le spectateur. D'abord sans hésitation quand il s'agit d'exécuter les ordres, elle sympathise peu à peu avec Stevens et comprend ses états d'âmes devant l'aspect inhumain de sa mission.
Là où le film perd en intensité, c'est dans la romance plus que prévisible entre Jake Gyllenhaal et Michelle Monaghan. Son seul intérêt est de permettre d'aérer les scènes d'action et les passages tragiques. Salutaires, ces instants plus légers sont parfois un frein au rythme du long-métrage. Dommage, car celui-ci gère très bien le mélange des autres genres, entre policier, drame et action, auquel il faut ajouter une réflexion sur la mort et la fatalité. Seul l'épilogue est une semi-déception. Sans en dire trop, si l'on enlève les cinq dernières minutes, le film y gagne énormément en subtilité. Mais cela ne suffit pas à gâcher tout ce qui précède, et heureusement. Il faudra compter sur Duncan Jones à l'avenir.

