Avec Drive, polar allumé qui tend à donner un coup d'éclat au genre, ce 64e festival voit un premier film d'action boosté au diesel dans sa sélection. Porté par un duo de charme, Cannes pourrait bien lui faire les honneurs demain…
Cascadeur sur des plateaux de tournage le jour, chauffeur de truands la nuit, « The Driver » est un pilote peu bavard qui ne roule qu'à ses propres règles de conduite. Si le personnage vous rappelle le Transporteur, la comparaison s'arrête là : Drive est d'un esthétisme bien plus lumineux, d'une juteuse violence sanguinolante et d'une pêche survitaminée aux sonorités électroniques tout droit sorties des eighties. Une saveur de Tarantino par ci, une autre de série B par là, une pointe de catch distillée par un blouson brillant et élimé, scorpion brodé dans le dos, les codes s'entremêlent pour un cocktail jouissif bien bon à avaler quand la compétition s'est avérée jusqu'ici cérébrale et sensuelle. Un film d'action, et qui plus est un bon, ça a le mérite de revigorer !
Dirigé par le danois Nicolas Winding Refn, Ryan Gosling prend les commandes avec classe, affiche d'abord une assurance calme avant de laisser fondre sa carrosserie sous un soleil avoisinant prénommé Carey Mulligan, laquelle vit seule avec son fils sur le palier d'en face. Dès lors, on oscille entre un monde de brutes et la douceur d'Irène, on vit un baiser passionné dans une cabine d'ascenseur avant qu'un escroc ne se fasse ratatiner la face au talon dans un grand giclement de peau et d'hémoglobine.
Le circuit de cette cavale aux vitesses poussées pour venir à bout d'un cercle mafieux ? Un Los Angeles aux ruelles méconnues et crasseuses, un Los Angeles aride et brutal, une ville tour à tour sombre puis d'une luminance aveuglante.
Avec cette plastique péchue, cette noirceur audacieuse et ce casting de charme, on parierait bien que Robert De Niro et ses jurés accorderont un petit prix à Drive demain. On en serait tout de même gêné que toutes les superbes pellicules des jours précédents, davantage porteuses de sens en plus d'être de qualité, soient délaissés au dernier moment comme un mari délaisserait sa femme pour son bolide !

