Troisième album studio pour le rappeur d'Aulnay-sous qui complète ici un triptyque débuté avec Qui suis-je ? et Suis-je le gardien de mon frère ? par Oui, je le suis. Sefyu a toujours repoussé les frontières du rap avec ses textes soignés et bien sentis qui rentrent dans le lard des politiques, du monde sportif dans lequel il a failli faire carrière ou même à l'international. Il ne fait pas exception ici en s'imposant comme un artiste plus mur et pédagogue à la manière d'un Kery James avec son rap conscient.
"Oui, je le suis" clame-t-il à l'heure du débat sur l'identité nationale. Il dénonce l'insécurité comme fond de commerce des politiques, dresse le portrait de Malick et Boubacar, deux banlieusards de la France d'aujourd'hui, l'un Reubeu, l'autre Africain, condamnés par la ghettoïsation, se questionne sur les grands dirigeants de ce monde dans Société Secrète et les interpelle directement en les disant "pire que des délinquants" qui auraient tendance à inverser les rôles. Sa plume parvient à retenir la moindre émotion ou sensation d'un instant clef de vie comme dans 5 minutes, qui cartonne en ce moment sur les ondes et traite de ces minutes avant que tout ne bascule, quand le libre-arbitre nous tiraille encore les tripes.
Voilà pour le côté lumière de Zehef, celui que ne connait que ceux qui prennent vraiment le soin de l'écouter dans le détail. Car sa voix enragée et les titres souvent agressifs qui tournent sur les ondes ont tendance à le cataloguer. Mais c'est aussi ça Sefyu, un ptibull enragé qui n'hésite pas à grogner son flow et à montrer les dents pour retranscrire toute son indignation et son engagement. Mais ce disque racé aussi bien dans ses prods que dans ses intentions prouve bien qu'une fois encore, Sefyu possède un talent musical indéniable qu'il met au service d'un regard acéré.






