Pour cause de foot, de pluie, de mauvaise humeur, par la faute d'un scooter réfractaire à toute sortie sur un bitume humide, parce que c'était samedi, et toc ! Interdiction de mettre ses Converses dehors, d'aller se faire piétiner par des hordes de kakous en goguette, des meufs endimanchées se prenant pour des berlingots montés sur talons aiguille. Faut pas dé...canner. Résultat nous n'avons pas vu qui a cogné sur l'autre, si Kasso avait la haine, si Cassel a répliqué. Tant pis.
Dimanche, changement de décor. Docteur Jones est là pour injecter de l'action, piquer au vif un festival se shootant à l'artistique, fouetter le sang d'une population dévouée à l'intellectualisation de l'image. La chemise blanche nickel, les pompes reluisantes tels des rétroviseurs de cuir, le noeud papillon en effervescence, c'est la soirée à ne pas manquer. 450 invités sur les 45 000 personnes accréditées. 1% de la population festivalière. Autant dire, le haut du panier. Le caviar de la crème, ou l'inverse. Indiana a fait claquer les coeurs, trembler les dentiers. La projo achevée regroupant tout le gratin présent sur la Croisette, Harrison Ford, Steven Spielberg, George Lucas, Cate Blanchett, John Hurt, Shia LaBeouf... Pas un ne manque à l'entrée. Tous ont foulé le sable de la plage Orange. Buffet classique, ambiance feutrée, cela s'est déroulé sous l'oeil amusé d'un Lewis Hamilton venu en voisin. A une semaine du grand prix de Monaco, celui qui faillit être champion du monde l'an passé, était l'invité du producteur. En méga fan de bagnoles et de courses autos, le réalisateur de la Guerre des étoiles, avait tenu à ce qu'il soit présent. En coulisses le journaliste ciné de TF1 s'est fait remonter les bretelles. La chaîne lui en veut d'avoir laissé France 2 lui chaparder les héros du jour. Mais bon, une heure après la première coupe de champagne en crystal avalée - titre du film oblige - Ford et Steven se sont éclipsés. Les autres n'ont pas traîné, nous non plus.
Lundi. Jane Birkin défile avec des moines birmans, la sublime Elsa Pataky - la cop's à Adrien Brody - fait crépiter les flashs. Tim Robbins rumine. Il maugrée en silence. La veille, il s'est fait avoir au poker par Alice Taglioni. La blonde a remporté la mise lors d'un tournoi exceptionnel. Il est vrai qu'elle manie les cartes comme personne, voir Cash. Le ricain aurait dû se méfier.
Le soir, le crachin se fait breton. La populace festivalière arborant l'impolitesse en bandoulière rue dans les balustrades de la bienséance. Une projo décalée, celle du James Gray, et le petit monde journalistique de grimacer, taper des pieds, vociférer. Il insulte, se bouscule. L'ego est ici surdimensionné. Ils peuvent tous bouder, nous, c'est direction le Jimmy'z. Hors de question de rater une éventuelle rixe, un deuxième round entre les cogneurs de la Croisette. Ariel Wizman est aux manettes. Il mixe, et même vachement bien. Sa zique est démente, attirante. Elle pousse les festi-fêtards à prendre possession de la piste. Et que je me déhanche, et que tu balances, et qu'il s'éclate. Aure Atika essaie de garder le rythme. Elle danse avec la sensualité d'une momie empêtrée dans ses bandelettes. Thomas Langmann, débarque. Avant lui, Fred sans le Omar grillé à la drôlerie s'est frayé un chemin. Dès qu'il bouge, un quintet de maousses costauds à donner des frayeurs à tout freluquet lui colle au polo. Ils ont des bras comme des cuisses. On ne rigole pas avec le SAV (Service Après Vente). Bernard Lecoq papote avec un autre Bernard, Montiel. Côté people c'est assez calme. Il y a bien Pierre Ange Le Pogam, le bras droit de Besson, une ou deux nymphettes rêvant de se métamorphoser en starlette, et plus si affinités, mais pas de quoi s'emballer. Ariel, lui, est aux anges. Sa zique coule, ses enchainements déchainent les bulles de champagne. Ca balance. 2h31. Dodo. Dans l'ascenseur, une jeune femme lance avec un accent patiné à la frime "Allez, je file au Baron" et son interlocuteur de lui répondre. "Sans moi, y'a école demain". Comprenez il bosse, va voir un film à 8h30. Pas facile la vie de festivalier.
Raphaël Teuguod, en direct de Cannes la nuit









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