Anthony Kavanagh, aussi sympathique et disponible à la ville qu'à la scène, a eu l'extrême gentillesse d'accepter de me recevoir au cours de son passage à Lyon. C'était déjà son 4ème passage dans la ville, où il a rodé son spectacle au Boui Boui, un café théâtre qui avait misé sur lui pendant deux semaines. Le soir, Anthony toujours en osmose avec son public, a triomphé une fois de plus !
Delphine :
Je crois savoir qu'un spectateur a vu 22 fois ton spectacle et que vous êtes devenus amis par la suite!
Anthony Kavanagh :
C'est exact, on est devenu des amis et je suis même le parrain de sa fille. Mais ça n'arrive pas tout le temps comme cela. C'était au Trévise, à Paris, la salle était toute petite. Il est venu plusieurs fois et il est même devenu une sorte de "pom pom girl" dans la salle. Il a amené tellement de gens aussi, il revenait avec des amis du travail, il m'a fait tellement de pub ! D'ailleurs, c'est bien que tu me le rappelles parce que je dois l'appeler.
D : Ce soir, ce sera la troisième fois que j'assiste à ton show. Il faut que je le voie encore combien de fois avant que l'on devienne amis?
A. K. : (Anthony éclate de rire) Encore deux ou trois cents fois!!! Et il faut acheter la K7 quand elle va sortir.
D : Justement, quand est-ce que va sortir la K7 du spectacle?
A. K. : On va tourner à la fin du mois de juin, en banlieue de Paris, à l'opéra Massy et cela devrait sortir au mois de novembre, pour Noël.
D : Cela fera un beau cadeau de Noël!
A. K. : Rires. J'espère qu'il y aura plusieurs personnes qui vont penser aussi que cela fera un beau cadeau!
Dernières dates de la tournée française d'Anthony :
-mardi 13 juin 2000 : Limoges (87)
-mercredi 14 juin : Bordeaux (33)
-samedi 17 juin : Aix-les-Bains (73)
-mardi 20 juin : Festival des Morges (Suisse)
-vendredi 23 juin : Chamonix (74)
-mardi 27 juin : Massy (91)
-mercredi 28 juin : Massy (91)
-samedi 1er juillet : Villeneuve sur Lot
-mardi 4 juillet : Sisteron (04)
D : Les artistes québécois parlent souvent des différences entre le Québec et la France. Qu'est-ce que tu en penses?
A. K. : Tant mieux s'il y a des différences. Si c'était la même chose, ce ne serait pas intéressant. Je vois toujours les différences comme une richesse. Il faut savoir s'adapter et apprendre. Moi, c'est ce que j'ai fait: je me suis adapté et j'apprends. Je me dis toujours que je suis un étudiant de la vie. J'aime beaucoup ce pays. Les Français m'ont accueilli à bras ouverts, très rapidement. J'ai aussi beaucoup appris ici, entant qu'artiste puisque le bassin de population est tellement grand, on est sur scène constamment. A Montréal, on ne peut pas être sur scène pendant 7 mois. Le bassin de population n'est pas assez grand. Il y a beaucoup d'humoristes pour un petit bassin. Je me souviens quand j'ai commencé mon show à Montréal, on était 12 en même temps! On ne voit même pas ça à Paris! On voit des comiques qui commencent, qui ne sont pas connus, mais pas 12 très connus et installés. Le grand Paris, c'est 10 millions d'habitants. Montréal, c'est 3,5.
D : Vous êtes à peu près 7 millions d'habitants au Québec?
A. K. : Oui, 7,5. Là-dessus, il y a 6 millions de francophones et un peu plus d'un million d'anglophones, cela réduit encore le bassin !
D : Ce soir, tu es à Lyon. Qu'est-ce que cela te fait de revenir ici, la ville où tu as débuté?
A. K. : Ca me fait toujours plaisir de revenir à Lyon parce que je n'y ai que des bons souvenirs. Il n'y a jamais eu de mauvais soirs. J'ai commencé ici, alors ça me rappelle que ça va faire deux ans, fin juin, je venais ici inconnu, en pleine coupe du monde et on me disait que j'étais fou, qu'il n'y aurait jamais personne pour venir me voir, et on me disait en plus qu'on ne me connaissait pas! Et puis, j'ai rempli, j'ai même fait 150 personnes (la salle comptabilise habituellement 95 places). J'étais très très fier de faire 150 personnes le vendredi et le samedi. C'est le Boui Boui, c'est Lyon qui m'a donné confiance en moi pour affronter Paris puisque cela avait marché ici.
D : Comment vis-tu les derniers instants avant de monter sur scène? As-tu un rituel?
A. K. : Déjà, je dis aux enfants de sortir de ma loge!
D : Comme Michael Jackson ?
A. K. : Rires. Ouaih. Les enfants, sortez, tonton va sur scène! Il n'y a pas vraiment de rituel juste avant de commencer avec mon collaborateur et mon régisseur-plateau, on se fait des signes avec les mains.
D : Tu n'as pas besoin de concentration?
A. K. : Non, après 211 spectacles, il n'y a plus de trac. Je me maquille, je bois du thé et je monte sur scène.
D : Ca fait 3 ans que tu es en France ?
A. K. : Non, j'ai vraiment commencé au Trévise le 1er octobre 98.
D : Oui, mais tu étais là avant pour préparer le spectacle et l'adapter.
A. K. : Oui, je suis venu un an et demi avant, ça fait 3 ans !
D : Qu'est-ce que cela va te faire de retrouver ton public québécois lors de ta participation au festival "Juste pour rire" en juillet ?
A. K. : Mais tu en sais des choses!
D : Je sais aussi que tu es très branché spiritualité. Je voudrais savoir si tu crois en la réincarnation.
A. K. : Je ne sais pas quoi penser de la réincarnation. Je ne vais pas te dire que je n'y crois pas, mais je ne peux pas dire non plus que j'y crois. Je n'ai pas d'idée précise là-dessus. Est-ce que qu'on se réincarne vraiment ici ? On peut se réincarner ailleurs, dans une autre dimension, sur une autre planète. Peut-être qu'on revient ici après avoir fait d'autres vies ailleurs et on revient 600 ans plus tard ici, je ne sais pas!
Je vais appeler Dieu ce soir, et je vais lui demander !
D : Combien de temps te faut-il pour écrire un spectacle?
A. K. : Bonne question. Je n'écris pas très vite. Ca me prend un an, un an et demi, deux ans. Mon problème, c'est que j'ai besoin de vivre pour écrire. Quand je me mets à trop travailler, je ne vis plus, je n'ai plus d'inspiration. Tu es victime de ton succès et après tu as vraiment besoin de décrocher et de vivre parce que j'ai besoin d'être dans le vrai monde! J'observe les gens, je regarde la télé et si je suis trop avec les gens du showbiz, si je suis en train de travailler tout le temps, je n'ai plus de contact. Tu vois ce qui arrive à certains humoristes qui avec les années ne deviennent plus drôles. Un exemple parfait, c'est Eddie Murphy qui avait vraiment un contact direct avec la population et à un moment donné, tu n'as plus le choix, tu es tellement connu, tu ne peux plus circuler partout et tu as perdu ce contact-là. Mais quelquefois, ce n'est pas intentionnel, c'est qu'on ne peut pas circuler à certains endroits. On a envie d'avoir une vie privée normale, d'être comme tout le monde, mais on ne peut pas!
D : Quel est ton plat français préféré?
A. K. : Ecoute, mon plat préféré tout court, c'est un chef français qui l'a créé et ça fait des années que je n'en ai pas mangé: c'est un feuilleté de langoustines aux épinards et aux tomates. C'était sublime! Je ne sais pas si un jour je pourrais en remanger. C'est ma mère qui le préparait et elle n'est plus de ce monde. Elle avait piqué la recette. Jusqu'à ce jour, il n'y a rien que j'ai goûté qui m'ait fait autant d'effet ! Je n'ai pas de plat français préféré, mais j'adore la nourriture française et Lyon est la capitale de la gastronomie française, il n'y a pas une fois où j'ai mal mangé à Lyon. Quand j'étais au Boui Boui, je me régalais chaque soir ! Tu sais que la meilleure crème brûlée que j'ai mangée, c'était à Lyon ! Le meilleur magret de canard, c'était aussi à Lyon. La crème brûlée, c'est un truc de base très simple, mais je n'en mangeais pas beaucoup au Canada, je n'étais pas fan.
D : La française a quelque chose en plus?
A. K. : Ah oui, depuis que je suis en France, la crème brûlée, j'en mange tout le temps. Si je mange un magret de canard, je dois manger une crème brûlée après. C'est à cause du Boui Boui, c'est le Boui Boui qui m'a fait ça !!!
D : Alors Lyon t'a marqué quelque part !
A. K. : Oui, tout à fait. Belle ville à dimension humaine. Je n'ai pas trouvé les gens froids du tout.
D : Pas plus qu'à Paris déjà !
A. K. : Non, comparé à Paris, c'est 100 fois plus chaleureux.
D : Quels sont tes projets dans l'immédiat ? La tournée s'arrête quand ?
A. K. : Ici, le 4 juillet et après je continue à Montréal jusqu'au 15.
D : Et ensuite? Tu fais un break?
A. K. : Acquiescement de la tête. Vivement le 16 juillet ! J'ai vraiment besoin de m'arrêter ! La machine du monsieur est un petit peu fatiguée. Alors avant le 15, je fais 5 représentations à Montréal, j'anime aussi le gala d'ouverture du festival "Juste pour rire" et après dodo !




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