Elie Chouraqui me reçoit dans les locaux de sa maison de production pour parler de la sortie le 24 janvier 2001 de Harrison's Flowers, sûrement le plus abouti, le mieux maîtrisé de ses huit films avec des acteurs tels que Andie MacDowell, Elias Koteas et Adrien Brody. Il est fatigué, mais heureux.
Le spectacle Les 10 Commandements qu'il a continué de superviser s'est terminé le 21 janvier 2001 à Paris. Il sera en tournée de février à août avant de revenir - succès oblige - en fin d'année à Paris et d'être bientôt joué à l'étranger.
Véronique :
Pourquoi avoir voulu porter à l'écran l'histoire de Sarah, cette jeune femme américaine incarnée par Andy Mc Dowell, habitée de fragilité et de détermination, qui part contre l'avis de tous à la recherche de son mari, grand reporter photographe, déclaré mort en pleine guerre civile yougoslave ?
Elie Chouraqui :
J'ai été secoué par cette guerre. Jeune, je voulais être grand reporter comme Kessel ou Hemingway. Je voulais être celui qui va voir la vérité de près. J'ai voulu raconter ce récit pour être témoin de ce qui est arrivé à 90 min d'avion de chez nous, de ce qui peut nous arriver à tous. Ce film a bouleversé ma vie de cinéaste.
V. :
Peut-on le qualifier de film de guerre ?
E.C. :
Je préfère comme qualificatif "film pour la paix". Pour moi, faire un film, c'est emmener le spectateur dans une histoire romanesque, de l'entraîner vers une émotion intense puis de déclencher la réflexion et changer sa vision des choses.
V. :
Vous avez choisi des comédiens américains même si Marie Trintignant et Christian Charmetant traversent le film et aussi de le tourner en anglais, pourquoi ?
E.C. :
Ce n'est pas un film américain. Je l'ai produit parce que personne ne m'aurait donné les moyens de faire ce film risqué. C'est un film européen, l'anglais est une langue de la CEE. Si les héros sont américains, c'est pour que la démonstration de l'incompréhension des gens devant ce conflit soit plus claire. J'ai voulu mettre un océan entre les deux visions du conflit.
Je n'ai pas voulu expliquer cette guerre entre Serbes et Croates, ce n'est pas le sujet. J'aurais eu beaucoup de fatuité, moi, avec les années de recul, de la comprendre.
J'ai simplement voulu montrer la folie des hommes dans ces combats où personne ne sait qui tire sur qui.
V. :
Votre façon de filmer caméra à l'épaule fait penser à la façon de présenter le débarquement dans Il Faut Sauver le Soldat Ryan, c'est pour mieux nous identifier à Sarah (Andie MacDowell) ?
E.C. :
C'est pour que le spectateur plonge au cur de l'action. C'est pour qu'il soit au plus près de la vérité. Je voudrais que les gens, au lieu de laisser parler leur haine, consacrent leur énergie à construire la paix.
V. :
N'est-ce pas utopiste ?
E.C. :
Sûrement. Mais c'est le privilège de l'artiste de penser que son rôle est de crier, de ne jamais s'arrêter de crier.





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