A l'heure où le Marquis de Sade déchaîne toutes les passions cinématographiques, Geoffrey Rush incarne l'auteur de Justine, à la fin de sa vie. Le Marquis est alors retenu à l'hospice de Charenton, peuplé de déments et de laissés-pour-compte et dirigé par l'idéaliste Abbé Coulmier (Joaquin Phoenix ci-contre) qui lui permet d'écrire, pour qu'il se libère de ses pulsions. Kate Winslet et Michael Caine font également partie du casting.
Lundi 26 février 2001. Hôtel Bristol. 16h00
Joaquin Phoenix
C'est à l'Hôtel Bristol que doit se dérouler mon entretien avec Joaquin Phoenix. La star est à Paris pour présenter son nouveau film, Quills, dans lequel il incarne un jeune prêtre torturé par des désirs amoureux et conseillé par le Marquis de Sade, qu'il héberge dans son hospice.
Arrivée un peu en avance, j'ai le temps de vérifier les piles de mon enregistreur et de transposer mes questions en anglais. Eh ! oui, le sieur Phoenix ne parle pas un mot de français me dit-on...
16h15 : c'est l'heure ! Le voilà , souriant, en tenue décontractée, qui raccompagne ses précédents hôtes journalistes et m'invite à le suivre dans un salon. Après m'être brièvement excusée pour mon accent anglais, l'entretien peut commencer...
Après Commodus dans Gladiator et Willie Gutierrez dans The Yards, vous incarnez enfin un personnage gentil. Est-ce un hasard ou un besoin de changement ?
Je n'ai jamais eu l'impression de jouer les méchants. Mes personnages sont plus que de simples méchants. Chacun représente un personnage complexe qui m'a demandé beaucoup de travail. J'ai d'abord tourné The Yards et si Willie est un salaud, il n'est pas réellement méchant. Lorsqu'on m'a proposé Gladiator, je n'allais tout de même pas refuser sous prétexte que je venais de jouer un gars qui tue sa petite amie et qu'il s'agissait encore d'incarner un méchant. Ces deux personnages sont très différents. Quoi qu'il en soit, je suis content d'incarner un homme bon dans Quills Comme cela, les journalistes arrêteront de me demander pourquoi je joue toujours des méchants ! (rires).Vous savez, mon seul pouvoir en tant qu'acteur est d'accepter ou de refuser un rôle mais pour être honnête je ne regarde pas mes films une fois terminés. Avec Coulmier, je cherchais plus ou moins à incarner un personnage qui a de nobles intentions, dès le début et je pense que ce rôle est venu à point nommé dans ma carrière. Il m'a évité de me torturer l'esprit pendant quelques temps. C'était reposant.
Aviez-vous entendu parler de Sade avant le film ? Avez-vous lu ses livres ?
Bien sûr, j'avais entendu parlé de Sade. J'ai d'abord lu la pièce d'où le film est tiré, puis j'ai commencé à lire ses livres. Je me suis alors rendu compte que je ne voulais pas connaître le marquis sous cet angle, pour un certain nombre de raisons. Notre marquis et le marquis historique sont différents d'abord et puis, dans notre histoire Coulmier n'est pas au courant du travail accompli par le Marquis. Je ne voulais pas avoir en mémoire un Marquis complétant un livre mais plutôt un patient trouvant cure grâce à l'écriture. C'est pourquoi je n'ai pas été au-delà dans mes lectures.
L'histoire se déroule en France et vous incarnez un Français. Parlez-vous français ?
Non, c'est très embarrassant pour moi de le reconnaître, mais je ne sais même pas dire merci en Français. Je suis désolé.
Qu'est ce qui vous a plu dans le personnage de Coulmier ? Pensez-vous que sa façon d'agir est due aux écrits de Sade ou simplement au fait qu'il est amoureux de cette fille ?
Coulmier a renié la quasi totalité de ses émotions et désirs. Le Marquis est simplement un catalyseur. Il réveille une partie de la nature véritable de Coulmier, qui réalise, dans la scène du rêve, qu'il a un côté animal. Nous avons tous un côté sombre et pervers au même titre qu'une beauté interne. La Marquis tente de convaincre Coulmier qu'il a un sexe pendant que celui-ci essaie de faire comprendre au Marquis qu'il a un coeur. A la fin, ces deux personnages sont entiers car ils tiennent la dualité de la nature humaine, composée de sexualité et de spiritualité comme une chose acquise. J'ai abordé cet Abbé en trois étapes : l'idéaliste pur du début qui change et mûrit à l'arrivée du docteur pour finir complètement désabusé. Ce n'est pas un héros.
Le 25 mars prochain, se déroulera la 73e cérémonie des Oscars, à Los Angeles. Cette année vous êtes nominé dans la catégorie meilleur acteur de second rôle pour votre interprétation de Commode dans Gladiator. Avez vous été surpris d'être nominé. Pensez-vous mériter cet Oscar ?
J'ai surtout été surpris de ne pas être renvoyé du tournage de Gladiator (rires). Sérieusement, cette nomination m'a laissé sans voix. N'ayant jamais pratiqué de sport comme le base-ball ou ce genre de choses, je n'ai jamais été très compétitif. Lorsque je me suis retrouvé à la cérémonie des BAFTAS (Oscars britanniques), j'étais dans une salle remplie de réalisateurs et d'acteurs qui célébraient le cinéma. J'ai beaucoup aimé ces instants, où l'important n'était pas la récompense mais de se retrouver tous ensemble. J'attends la même chose des Oscars. Néanmoins, tous les acteurs nommés dans ma catégorie sont fantastiques et j'ai une préférence pour Benicio (Del Toro, nommé pour Traffic de Steven Soderbergh), qui le mérite particulièrement.
Vous venez d'une famille d'acteurs (ses soeurs Rain et Summer (qui a joué récemment dans Esther Kahn) et ses frères, Rainbow et River (qui se fit remarquer dans My Own Private Idaho de Gus Van Sant) sont tous comédiens). Qu'est ce qui vous a donné l'envie de devenir comédien ?
Nous étions des enfants très expressifs. C'est incroyable le nombre d'enfants qui grandissent sans pouvoir s'exprimer. Nos parents ne nous ont jamais forcé à faire quelque chose qui ne nous plaisait pas. Nous étions traités individuellement, avec respect, et encouragés dans la voie qui nous permettait de nous exprimer. Quand on vient d'une famille nombreuse et unie, on a tendance à se copier les uns les autres. Quand les plus vieux font quelque chose de cool, tout le monde a envie de faire comme eux, tout en essayant de se montrer différent.
Y a-t-il un film que nous n'ayons vu en France et que vous ayez déjà achevé ? Sinon, avez-vous des projets pour 2001 ?
Non, je n'ai pas travaillé depuis Quills. J'étais fatigué et les scénarii que j'ai lu à l'époque n'étaient pas bons (NDLR : la bienséance m'interdit de retranscrire texto ce que Joaquin pense des scénarii qu'il a lu pendant ses vacances). Quoi qu'il en soit, je devrais bientôt me remettre au travail pour le tournage d'une satire sur les forces militaires en temps de paix. Cela est censé se dérouler après la Guerre Froide en Allemagne. Les militaires qui ne savent pas quoi faire, se battent entre eux et se droguent pour passer le temps.
Je dois aussi interpréter la voix d'un personnage pour le prochain Disney dont je ne connais pas encore le titre. Ensuite, j'enchaîne avec le nouveau film de Thomas Wittenberg (Festen), avec Claire Danes, comme partenaire. Le film se passe dans un futur où les humains sont complètement déconnectés les uns des autres.
Vous voyez, après mon séjour à Paris, je ne vais pas chômer... (rires)
Et voilà que l'attachée de presse entre subrepticement dans le salon afin de nous notifier que l'entretien est terminé. 20 minutes, c'est court ! Joaquin a néanmoins été très patient et ne m'a même pas fait répéter mes questions en anglais... Allez Joaquin, on se sert la main et on se dit à bientôt...






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