l'interview de Axelle Red

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Interview Axelle Red pour son Jardin Secret

Le 30/10/2006 à 16h50

Dans son dernier album, Jardin secret, sorti le 2 octobre 2006, Axelle Red nous offre 15 chansons confectionnées entre Bruxelles et Memphis.

Dans son dernier album, Jardin secret, sorti le 2 octobre 2006, Axelle Red nous offre 15 chansons confectionnées entre Bruxelles et Memphis. En compagnie de ses quatre musiciens, elle a investi le mythique Royal Studio, où Willie Mitchell, le producteur d'Al Green et Ann Peebles, lui a prodigué ses bons conseils. Résultat : un album très "broadway" qui propose des thèmes universels et touchants.

Présentation

Treize ans et cinq albums depuis votre tube Sensualité, est-ce que Jardin secret est comme vous le dites votre dernier album ?
Treize ans ? Ca ne me rajeunit pas (rires) !
Il est possible que j'arrête...Je n'arrêterai pas la musique, c'est mon jardin secret. J'adore composer, écrire, réaliser un album et même réaliser des clips, tout l'aspect artistique en fait... Mais, entre écrire une chanson pour le plaisir et terminer un album sous tous ses aspects, il y a une grosse différence... Je me sens toujours un peu piégée quand il faut se taper deux heures de promo, ça fait douter, ça fragilise beaucoup.
Dans mes albums, je n'ai pas l'impression de livrer ma vie privée, mais ensuite dans les interviews, c'est autre chose... Bien sûr, cela a des avantages d'être une personne publique : je peux utiliser ma notoriété pour que le président de la Commission Européenne me reçoive par exemple. Si j'étais avocate d'une ONG, il ne me recevrait pas... Donc, je me sers de cette notoriété, mais j'avoue que je n'ai jamais rêvé d'être une star...
Et puis, le monde de la musique évolue tellement... Aujourd'hui les gens écoutent rarement un album entier ; ils vont télécharger une ou deux chansons dans leur Ipod... C'est assez décourageant, car j'ai toujours fait des albums où j'essaie de faire treize ou quinze chansons qui se valent. J'ai aussi vu beaucoup d'artistes sans contrat, et plein de gens que j'appréciais dans les maisons de disques à qui on a dit "au revoir" d'une façon assez crue. Aujourd'hui, tout le monde fait de la musique, donc il n'y a plus personne pour l'écouter. C'est pour toutes ces raisons que je me suis dit que c'était dernier album et je me suis vraiment donné de la peine, je me suis carrément dit : "Je vais faire un chef-d'œuvre". Je ne veux pas dire que c'en est un, mais je n'ai mis que de l'énergie positive dans cet album.

Votre précédent album prenait pour thème les grandes causes politiques ; on a l'impression que vous êtes dans une phase plus intimiste, est-ce le cas et si oui pourquoi ?
Je suis toujours autant fâchée que sur mon album précédent sur certaines choses comme l'extrême-droite, l'extrémisme en règle générale, la mondialisation, la télé-réalité, la drogue, l'homophobie... Mais je me suis dit : "Essayons de le tourner en positif plutôt que d'être fâchée". C'est pour ça que je parle d'une sorte de jardin d'Eden, de jardin utopique, qui se situe aussi bien au paradis que sur terre, mais aussi au plus profond de moi, parce que c'est vraiment mon rêve... Une sorte de jardin où les gens cohabitent, pleins d'amour, sans haine... Cet album n'est pas un jardin secret personnel, mais plutôt un album universel.
J'y parle de ces valeurs qu'on a, je trouve, un peu tendance à oublier aujourd'hui, puisqu'on a perdu l'église. On a perdu un peu nos repères, ces bases, ces valeurs que la bible défend et que l'on trouve dans toutes les religions ou dans les philosophies. Il ne faut pas pour autant être croyant, mais essayer d'être une bonne personne, d'être juste et honnête. On ne peut pas espérer que le monde soit honnête et juste, si nous-mêmes ne sommes pas justes dans nos relations au quotidien avec nos enfants, nos partenaires, et nos voisins... Comment peut-on espérer que le monde soit tolérant si on ne l'est pas avec nos voisins et qu'on a voté extrême-droite ?

Album :

Vous êtes partie enregistrer à Memphis pourquoi ce choix ?
J'ai déjà été là-bas souvent, parce que ça fait dix ans que je travaille avec ces musiciens : entre autres, Lester Snell qui travaille avec Al Green et Isaac Hayes, et le batteur Steeve Potts... Et puis, j'avais envie d'aller dans le studio mythique de Willie Mitchell, c'est le producteur de Al Green et Ann Peeble, et le studio est vraiment d'époque, il y a toujours les vieux amplis, le vieil orgue Hammond B3, un micro à lampes, ...

Est-ce que le studio a donné un peu de son style à votre album ?
Absolument. Cet album aurait sonné autrement s'il avait été enregistré ailleurs, même avec ces musiciens. La table de mixage avait "son" son, et il y avait aussi des âmes dans le studio. Rien que le fait d'avoir Willie Mitchell qui était toujours là et qui m'a expliqué tous les aspects techniques... Je lui posais tout le temps des questions. Je demandais comment il faisait ce son particulier avec les cuivres, et lui répondait : "C'est parce que je mettais juste mis un micro au-dessus, et pas sur les côtés" ; "les violons j'en prenais huit au lieu d'en prendre vingt-quatre".
Tout ça fait qu'il a ce son assez particulier. Je voulais aussi vraiment qu'on entende les quatre musiciens. Qu'on entende la batterie, la basse... Même les violons, les cuivres, on les a mixés très loin, comme le faisait d'ailleurs Willie Mitchell.

Les sons de cet album sont très rock et soul, alors que le précédent avait une sonorité disco, parfois même techno ; avez-vous besoin de varier, de vous surprendre vous-même ?
C'est moi qui ai créé ce mot "disco" pour mon album, mais je l'ai regretté par la suite, parce que je pensais à cette bonne disco, à Quincy Jones ou Nile Rodgers. En fait "disco", c'est le rythme "four-on-the-floor" et il n'y a aucune chanson de mon précédent album qui a ce rythme. Après l'enregistrement avec les musiciens, on avait tout mis dans Pro-tools et on a beaucoup trafiqué. C'était vraiment une autre manière de travailler. Et comme j'ai utilisé le terme "disco", les gens qui n'avaient jamais entendu l'album le qualifiaient de disco, et pourtant il y avait autant d'influences souls dans cet album. Une chanson comme Blanche Neige par exemple, c'est une chanson très soul... Il y a du Marvin Gaye, même si le son est très différent.
Pour Jardin Secret, tout s'est passé dans la préproduction, et une fois que j'ai enregistré avec les musiciens, je n'y ai plus touché du tout. Les arrangements étaient très forts, préparés d'avance.

Cet album semble très positif ; est-ce que vous pensez que le positivisme ou l'amour sont les meilleures armes contre les maux de notre monde ?

J'en suis persuadée. Je ne dis pas que le côté fâché de l'album précédent n'avait aucun impact, mais c'était une autre époque. Je ne pouvais pas faire cet album sans le précédent. Au niveau production, au niveau son, il fallait que j'aille aussi loin que l'album précédent, pour pouvoir ensuite revenir à ces choses simples. Je suis encore fâchée, mais j'ai voulu essayer de transformer cette colère en quelque chose de positif comme une thérapie pour moi, mais aussi pour les gens. C'est peut-être un peu prétentieux de ma part, mais je pensais que je n'étais pas la seule à avoir besoin d'un message positif.
C'est une forme de maturité, mais je ne peux pas dire que je l'ai acquise complètement, parce que je suis encore très fâchée (rires).

Perso

Dans Tant pis, vous semblez assez résignée, mais dans Utopie ou Ce dont le monde a besoin, vous rêvez d'un monde meilleur ; est-ce que ces deux phases résument votre état d'esprit ?
Utopie et Tant Pis sont deux chansons identiques. Je dirais qu'Utopie est plus terre-à-terre, dans le sens où je me livre et j'ose avouer mes déceptions. J'y explique que je suis déçue par les mensonges et les gens. C'est à cause de ça que je me crée ce monde utopique, car je refuse de sombrer, je refuse de devenir cynique. Dans Tant pis, les gens sont toujours malhonnêtes – pas tous heureusement – mais ça ne m'empêche pas d'apprécier la vie, d'apprécier ce monde... Faut accepter le monde comme il est, mais il faut faire tout ce qu'on peut pour l'améliorer tout en sachant se préserver ; j'appelle ça mes armes de survie, mes perles de pluie...

Etes-vous une femme "compliquée", comme vous le dites dans l'une de vos chansons ?
Est-ce que les femmes ne sont pas toutes compliquées ? J'ai vraiment cherché des exemples dans lesquels tout le monde puisse se reconnaître. On a toutes connu une panne de voiture, parce qu'on s'est dit qu'on pouvait attendre pour mettre de l'essence... Ou alors on se gave de chocolat et ensuite on se plaint de crise de foie ou de problème de poids.
Cet album est écrit à la première personne, alors les gens ont l'impression que c'est ma vie, alors que j'ai cherché des choses qui sont universelles. Comme Si tu savais, c'est une chanson qui est adressée à ma fille, mais ça s'adresse à chaque enfant et à chaque parent. Ca ne m'intéresse pas d'écrire quelque chose qui me concerne uniquement. Ce serait me regarder le nombril, et ensuite les gens ne se sentiraient pas concernés. Moi ce qui m'intéresse c'est que les gens se disent : "ah oui, mais moi aussi !".
Concernant la chanson Du temps pour nous, des journalistes m'ont demandé si c'était pour mon couple, mais je réponds qu'apparemment non, car il y a des gens qui se sentent concernés.

A propos de la chanson Si tu savais (Janelle), quel message voulez-vous faire passer à vos enfants en général ?
On a envie qu'ils aient cette liberté, qu'ils se rendent compte que la vie est belle. En même temps, on a envie de les prévenir. On ne veut pas leur enlever leurs rêves, on a envie de leur dire que tout est possible, mais on veut aussi les préserver. On est à une période "post-Dutroux". En tout cas, en Belgique, c'est un réel traumatisme. Les enfants n'auront pas la même enfance que la génération précédente. Il y a plein d'enfants qui ne vont plus à l'école à pied. Il y a toujours eu des problèmes comme ça, mais ça a quand même pris une nouvelle dimension. Le monde évolue aussi avec Internet : tu penses que ton enfant joue gentiment dans sa chambre, mais il peut être en train de chatter avec n'importe qui. Et c'est un rôle très difficile que celui de parents : "qu'est-ce qu'on leur dit, qu'est-ce qu'on ne leur dit pas ?".
C'est très difficile : on dit que faire des enfants c'est la plus belle chose de la vie, mais c'est aussi la chose la plus cruelle. Dès que l'enfant naît, on se rend compte qu'on n'a pas fait un clone, on a fait un être humain à qui on va donner le meilleur, mais ensuite, il s'envolera ! C'est quelque chose qui est dur pour chaque parent. Et c'est ça que j'aime bien dans cette chanson, c'est le passage de génération en génération, le fait de protéger ses enfants tout en les laissant s'échapper.
J'y parle aussi de ma mère et je dis que quand on est enfant, on ne comprend rien, on trouve les parents lourds, et quand on grandit, on comprend. C'est la vie, cette chanson, c'est la vie sous toutes ses facettes. Et je trouvais qu'elle avait sa place dans Jardin Secret, parce que cet album se situe sur terre, mais aussi au paradis, avec les anges.

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Le botox, c'est ce qu'étaient les fausses blondes dans les années 50 ; une petite tricherie cosmétique.
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