L'humoriste Elie Semoun coiffe la casquette de chanteur pour notre plus grand bonheur et nous offre un album nommé Sur le fil, dans les bacs ce 19 mars 2007. Son premier album, Chansons, sorti en 2003, s'est vendu à plus de 80 000 exemplaires.
Dans ce nouvel opus, Elie nous livre 12 chansons romantiques et planantes, qui célèbrent la nostalgie de amour perdu, déshabillent la femme victime de la société de consommation, et qui décrivent la fragilité de l'instant.
Le chanteur sait bien s'entourer, puisqu'il a demandé à ses amis Zazie, Pierre Souchon, Jean-Claude Vannier, Henri Salvador ou encore Laurent Voulzy - et oui, rien que ça - de lui composer des mélodies.
Elie Semoun a donc reçu Actustar.com pour parler de ses sentiments et de la difficulté qu'il rencontre à être crédible en tant que chanteur. Dans cet album, il dévoile sa facette romantique et tant pis pour ceux à qui ça ne plaît pas !
Quand avez-vous commencé à chanter ? Avez-vous toujours eu cette envie ?
Non, je n'ai pas toujours voulu faire ça : j'ai commencé à chanter avec le premier album, en 2001. Je n'y pensais même pas une seconde avant. En fait, c'est la rencontre avec deux personnes : Annie Cordy (rires), non, je déconne... Henri Salvador et Keren Ann. Je les ai rencontrés le même jour et on est devenu copain tous les trois.
Quand je les ai rencontrés, Salvador était en studio et il enregistrait ses chansons en français. Le fait d'être dans un studio m'a boosté et le soir même j'écrivais des chansons. Ca a été très rapide ! (rires) Du coup, je me suis senti la légitimité de chanter et avec mes chansons, je suis allé voir quelques maisons de disques.
Le premier m'a jeté parce qu'il pensait que j'avais une image trop forte d'humoriste et que ça ne pouvait pas passer : mes chansons étaient des chansons d'amour, c'était "trop bizarre".
Selon vous, a-t-on trop tendance à catégoriser les gens en France et à les enfermer dans une case ?
C'est en train de changer un peu, je crois... Mais à mon époque, dans les années 2000 (rires) c'était un peu chaud. J'ai été agréablement surpris, parce qu'en fait mon album a eu un certain succès et les critiques n'étaient vraiment pas mauvaises. Ca m'a poussé à en faire un deuxième...
Désolé pour ceux qui trouvent que ça fait bizarre un humoriste qui chante des chansons sérieuses !
Est-ce qu'à vos début, vous avez eu du mal à être crédible justement en tant que chanteur ?
Oui, mais quand j'ai fait le premier album, j'étais dans une inconscience totale !
Pour être tout à fait honnête, j'étais tombé amoureux d'une fille et j'avais besoin d'écrire des chansons d'amour. Ca m'a mis dans un état d'amoureux... Donc je n'ai pensé à rien d'autre qu'à faire de belles chansons d'amour : je n'ai pas pensé à mon image...
C'est uniquement quand le disque est sorti que je me suis dit : "Tiens, peut-être que les gens vont trouver ça un peu ridicule !", mais au fond, je m'en foutais.
Comment travaillez-vous pour écrire les textes ? Avez-vous d'abord la mélodie, les paroles ?
Ca part de trucs bizarres, c'est exactement comme quand j'écris les sketches en fait. C'est une phrase, par exemple pour un sketch je me souviens d'avoir entendu à la télé une femme qui disait : "SOS enfants battus j'écoute ????"
Ca m'a inspiré pour faire un sketch, et pour les chansons, c'est presque pareil. C'est le mélange de deux mots, par exemple il y a une chanson qui s'appelle Aveugle aimant et je trouve ça rigolo ces deux mots collés, ou l'expression : "Ce que je vois ne regarde que toi", etc.
Donc je me suis amusé...
C'est pratiquement de la poésie, non ?
Oui, car quand j'avais 16, 17 ans, j'avais publié un recueil de poésie, j'ai donc l'impression de faire la même chose, c'est de la "poésie chantée". J'ai toujours écrit, même des choses plus nostalgiques.
Vous avez écrit tous vos textes : pour vous l'écriture est quelque chose d'exutoire ?
Bien sûr, écrire est un exutoire, tout comme mon spectacle.
Moi j'ai peur de la violence, de la bêtise, du racisme, de l'hôpital et de la mort : des trucs qui me font flipper. Je me débarrasse de ces angoisses sur scène.
Et là , c'est pareil... Ce ne sont pas mes angoisses que j'écris, mais c'est l'envie de dire, d'assumer mon côté romantique, même si ça fait idiot. Je suis un artiste, donc je me donne le droit de m'exprimer dans tous les registres.
Avec cet album, on devine votre côté nostalgique, mélancolique est-ce quelque chose que vous cherchez à mettre en avant pour casser votre image de comique ?
C'est très très dur de faire rire les gens. Même si on regarde ce que je fais, si on regarde bien le spectacle ou les petites annonces, c'est horrible en fait ! C'est que des loosers, des pauvres types. Il y a un côté noir, pour mettre le doigt sur quelque chose qui peut faire mal.
Les chansons sont assez intimistes, n'est-ce pas difficile de se dévoiler comme ça ?
Un petit peu oui (rires) ! C'est très impudique... Si on veut être sincère, il faut aller chercher au fond de soi, donc j'y suis allé.
Le single est Femme actuelle... Vous vous moquez un peu de la femme active, victime de la société de consommation, qui ne veut pas vieillir...
Oui, c'est un peu le pendant plus âgé de Kevina, la petite ado. On a l'impression que le bonheur, c'est le paraître.
Il y a des petites nanas de 20 ans qui se font refaire les lèvres. Il y a une sorte de dictature du paraître, des marques, dont je me moque. Car au fond, cette femme que je caricature, le plus important c'est qu'elle est désespérée : elle est à la recherche de sa jeunesse et elle est jalouse de la petite nana qui a des petits seins. Donc elle voudrait être comme elle, il y a un côté un peu pathétique.
Pensez-vous que c'est difficile d'être une femme aujourd'hui ?
Je vous retourne la question ! (rires) Moi qui ai l'habitude de me déguiser en fille, c'est une question difficile.
Je crois que la frontière est en train de se réduire, mais au fond il y a de vraies différences, qui ne changeront jamais...
Le titre de l'album est Sur le Fil, titre d'une chanson qui parle d'un artiste funambule, qui est en constamment en danger. Pourquoi ce titre pour l'album ?
C'est le titre parfait pour moi : j'ai vraiment l'impression d'être comme ça. J'ai l'impression d'être sur le fil tout le temps, ma voix est sur le fil aussi, parce que je n'ai pas une voix de ténor, j'ai l'impression d'être fragile. J'ai l'impression et c'est même une certitude, que les choses ne durent pas...
La vie ne dure pas, l'amour ne dure pas, rien ne dure : on est tous sur le fil. Ce que je veux dire, c'est que je doute de tout ! Je ne suis pas un angoissé, je suis juste lucide. Je sais que le succès, ça ne dure pas, l'amour ne dure pas... J'ai cette conscience de ça, et en même temps c'est ça qui me fait avancer.
Vous avez bien su vous entourer pour la musique, les artistes sont-ils venus à vous naturellement, ou avez-vous choisi ?
J'admire Laurent Voulzy, Zazy, Pierre Souchon, j'aurais même voulu faire quelque chose avec la chanteuse Camille, que j'adore. Mais bon, ça s'est pas fait.
Tous ces gens, je les admire. Je me suis dit : "Je les connais, je ne vais quand même pas passer à côté de ces gens-là qui ont du talent pour leur demander de faire des mélodies." Mais bon, ce n'est pas parce qu'ils sont connus qu'ils font de belles choses.
Sur l'album, il y a mon ami Emmanuel Donzella qui n'est pas connu du grand public, mais qui a fait deux très belles mélodies, qui sont celles des titres Fantômes et Laurent. Ses mélodies sont très jolies.
Quelles sont vos influences ?
Beaucoup de jazz, de la Bossa Nova, et un peu de New Wave dans les années 80. Là , je vais citer des groupes que personne ne connaît : Les Stranglers, les Buzzcocks, Siouxsie and the benches, les Who, Jam, Shade...
En fait, je suis très éclectique, j'adore la musique classique, Ravel, Debussy, j'adore, c'est hyper romantique.
En chanson française, j'aime Keren Ann, Camille, Pauline Croze. J'aime pas trop Anaïs, c'est un peu violent, je pense d'ailleurs que je vais la parodier dans une petite annonce. Je suis pas fan des chansons humoristiques, j'aime bien les chansons romantiques.
D'ailleurs, je dis pour les fans des petites annonces, qui désespèrent de me voir chanter, on va faire un volume 7 des Petites annonces. Tous les personnages vont revenir : les Rodriguez, Monsieur Patel. Ca sortira fin octobre.
Avez-vous des scènes de prévues ?
Pour les gens qui sont aux Etats-Unis, je vais jouer mon spectacle à New York le 14 avril, mais je dis ça pour me la péter. (Rires)






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