Tsui Hark est un démiurge dans le cinéma asiatique moderne. Fer de lance du cinéma de Hong Kong, pape de la Nouvelle Vague hongkongaise, il est celui qui a le premier rompu les liens qui unissaient les cinéastes hongkongais aux grands studios des années 60-70 (comme la célèbre Shaw Brothers).
La plupart des chefs-d'uvre des quinze dernières années à Hong Kong sont ses productions. Les réalisateurs qui travaillent pour lui sont Ringo Lam, Kirk Wong, John Woo, Ching Siu-Tung, Poon Man-Kit, Johnny To, Raymond Lee, Daniel Lee etc En définitive, il est l'incontournable réalisateur-producteur de Hong Kong depuis plus de quinze ans. Mais ce qu'on oublie souvent de dire à son propos c'est qu'au-delà de ses positions artistiques radicales et novatrices, il est l'un des plus grands réalisateurs asiatiques vivants.
Né au Viêt-Nam en 1951, Tsui Hark s'installe à Hong Kong avec ses parents en 1967. À l'issue de son cursus en lycée, il part faire ses études aux États-Unis, et revient à Hong Kong en 1977. Presque immédiatement, il est embauché par une chaîne de télévision pour qui il écrit et réalise quelques séries. Mais c'est le grand écran qui l'intéresse. Il réalise son premier film en 1979, Butterfly Murders. Film magnifique, très noir et qui déjà modifie les codes traditionnels du film d'aventures, Butterfly murders intrigue plus qu'il ne plaît à l'époque. Certains critiques ont remarqué que ce nouveau réalisateur a du talent, mais le film est un échec commercial. L'année suivante, il surenchérit dans la violence, avec We are going to eat you (Histoires de cannibales), nouveau film d'aventures très sombre (très proche du polar en fait) sur fond de cannibalisme.
La même année, il clôt en quelque sorte cette période avec le crépusculaire L'enfer des armes (Don't play with guns), son film maudit. La censure attaque Tsui Hark et le film est à moitié détruit. Il sortira plusieurs années plus tard, mais certaines scènes sont perdues à jamais (il en reste en fait des fragments enregistrés en VHS (!!!) que l'on peut voir sur l'édition collector du film, éditée par les excellentes éditions HK Video, en avril dernier). Déjà Tsui Hark comprend qu'il ne pourra réaliser ses projets au sein des très conservateurs studios hongkongais.
Il faut bien noter qu'à cette époque à Hong Kong, la situation est bouillonnante. Plusieurs jeunes talents émergent, tels Ann Hui, Kirk Wong et John Woo, mais sont bridés dans leur frénésie créative par les instances financières des studios qui ne comprennent pas ce nouveau cinéma. On sent aussi qu'à cette époque, le public se lasse un peu des productions Shaw Brothers et attend de la nouveauté. Il ne sera pas déçu en 1982 avec le désormais très culte Zu, Les guerriers de la montagne magique, pendant asiatique de Starwars, qu'il surclasse de plusieurs longueurs. Tsui Hark fait preuve d'une grande audace dans la mise en scène et la photographie et introduit des effets spéciaux dans cette fable magique sur fond du wu xia-pan (film de sabre chinois). Le résultat (à l'exclusion d'une fin ridicule) est époustouflant. Le film est un immense succès commercial et l'on commence à connaître le nom de Tsui Hark.
En 1984, il crée ce qui va devenir la référence absolue en matière de nouveau cinéma à Hong Kong, la maison de production Film Workshop (il crée sa société d'effets spéciaux, Cinefex Workshop deux ans plus tard). Il récupère tout ce que le cinéma hongkongais compte de jeunes talents. En 1986, il produit le film qui va faire connaître John Woo et Chow Yun-Fat, A better tomorrow (Le syndicat du crime). Ce nouveau polar explose tous les records du box-office et les deux réalisateurs renouvellent leur collaboration l'année suivante pour la suite, A better tomorrow 2.
1987 est aussi l'année de lancement de la grande fresque de Ching Siu-Tung (l'auteur du sublime Duel to the death - 1980), Histoires de fantômes chinois. Le second volet est tourné en 1990 et le troisième l'année suivante. Tsui Hark est à cette époque un vrai producteur comme on en trouvait à l'âge d'or d'Hollywood, des années 30 aux années 50. Il a des idées et des exigences artistiques et impose celles-ci aux personnes qui travaillent avec lui. Loin de donner dans le mécénat, il est une sorte de petit potentat de la Nouvelle Vague hongkongaise, mais un potentat de génie. Malheureusement, et malgré tous les chefs-d'uvre qu'il a produits en quelques années (Big heat, exceptionnel polar de Johnny To & Andrew Kam, Gunmen de Kirk Wong, The killer de John Woo ), les relations se durcissent parfois avec les autres artistes. Ce qui fait qu'en 1989, John Woo et Tsui Hark se déchirent autour du troisième volet du Syndicat du crime (c'est Tsui Hark qui finira par le réaliser) et mettent un terme à leur collaboration.
En 1991, il se remet sérieusement à la réalisation et entame une des plus belles séries de l'histoire du cinéma, Il était une fois en chine, ou les aventures du célèbre docteur Wong Fai-Hung (interprété dans les trois premiers épisodes par Jet Lee, puis par le très beau Chiu Man-Chiuk dans les épisodes 4 et 5). À travers cette magnifique fresque, Tsui Hark se livre à une minutieuse analyse de la société chinoise et de sa situation au début du siècle. La mise en scène et les chorégraphies (des combats) ainsi que la photographie touchent à la perfection. Les trois premiers épisodes sont réalisés par Tsui Hark entre 1991 et 1992; il laisse sa caméra à Yuen Bun pour le quatrième épisode (La danse du dragon), qui s'en sort très bien, même si l'on peut penser que Tsui Hark a largement participé à la réalisation. Ce dernier reprend le flambeau en 1994 pour le cinquième épisode (Dr. Wong et les pirates) qui est une réussite complète.
Tsui Hark est à l'apogée de son art ; avec une rapidité déconcertante, il enchaîne les chefs-d'uvre. En 1993, il réalise notamment le magique Green Snake, magnifique film subversif avec Maggie Cheung. Puis, en 1994, il réalise un film d'amour comme rarement on en voit au cinéma, le somptueux The lovers, que d'aucun considère comme son plus beau film. Pour les autres admirateurs de Tsui Hark c'est The Blade, qui est l'aboutissement de son uvre.
En même temps, il a eu le temps de produire Burning paradise (Le temple du lotus rouge), très beau film de Ringo Lam, Black Mask de Daniel Lee et sublime Auberge du dragon de Raymond Lee.
Rarement, un cinéaste aussi prolixe dans tous les domaines (production, réalisation, écriture il joue même de petits rôles dans certains de ses films) a donné naissance à tant de beaux films. S'il est un personnage parfois contesté, ses talents ne le sont jamais et l'on peut dire sans risque (et pour ne pas dire plus) qu'il est le plus grand réalisateur hongkongais des 20 dernières années.
Après deux passages loupés à Hollywood, dont on connaît le mépris pour les cinéastes asiatiques (qui sont pourtant les seuls à avoir innové dans le domaine du film d'action depuis 15 ans), Tsui Hark semble avoir abandonné l'idée de travailler là-bas et se concentre actuellement sur une suite de Zu. En espérant que désormais ses prochaines productions asiatiques seront distribuées en France




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