John Woo est le cinéaste hong-kongais qui a le mieux réussi son passage à Hollywood. Né à Canton en 1948, il déménage avec sa famille dès 1951 pour Hong Kong.
Après le terrible incendie de 1953 qui ravage une grande partie de la ville, sa famille vit dans la rue pendant presque un an, puis s'installe dans un quartier pauvre. Il entre à 9 ans dans une école luthérienne, entame des études au Matteo Ricci College en 1967 et participe à la formation d'une troupe de théâtre, la "Chinese Student Weekley Theatre company". Il s'oriente finalement vers le cinéma (après avoir voulu se consacrer à la religion) et rejoint la compagnie Cathay où il réalise des courts-métrages. En 1971, il intègre la très célèbre Shaw Brothers et devient assistant du non moins célèbre Chang Cheh. C'est à ses côtés qu'il apprend réellement le métier.
En 1973, John Woo écrit et réalise son premier film, Farewell Buddy, et devient le plus jeune réalisateur de Hong Kong. Le film est interdit par la censure pour son extrême violence, mais sortira finalement deux ans plus tard avec un nouveau montage et un nouveau titre : The young dragons. Désormais, John Woo travaille pour la Golden Harvest qui avait racheté Farewell Buddy. En 1976, il connaît le succès avec un nouveau film de kung-fu, Hand of death. Jackie Chan et Samo Hung (qui prend aussi en charge les chorégraphies) se partagent l'affiche de ce film très inspiré par l'uvre de Chang Cheh. John Woo poursuit sa carrière avec plus d'un film par an oscillant entre kung-fu, kung-fu comedy et wu-xia-pan (film de sabres chinois). Last hurrah for chivalry est sans doute le plus beau film de cette période. La mise en scène y préfigure les futurs polars qui feront la renommée de l'auteur.
En 1983, l'auteur change de registre et réalise un (faux) film de guerre d'une noirceur abyssale, The sunset warriors (rebaptisé par les producteurs, pour sa sortie en 1986, Heroes shed no tears). Une fois de plus, John Woo se heurte à l'incompréhension des pontes du très conservateur cinéma hong-kongais.
C'est en 1986 que John Woo rejoint Tsui Hark, fer de lance de la nouvelle vague à Hong Kong (et sans doute un des plus grands réalisateurs des 30 dernières années). Ce dernier produit ce qui va être le nouveau record du box-office, Le syndicat du crime. John Woo a enfin pu imposer son style, inspiré notamment des uvres de Jean-Pierre Melville et Sam Peckinpah, dans un genre auquel il impose de nouvelles structures formelles, le polar. Les deux nouveaux leaders du cinéma de Hong Kong renouvellent leur collaboration l'année suivante pour une suite qui joue la carte de la surenchère et connaît aussi un très grand succès.
En 1989, John Woo réussit son film le plus abouti, le mythique The Killer, variation sur Le Samouraï de Jean-Pierre Melville. Avec ce film, John Woo remporte le Hong Kong award du meilleur réalisateur et offre au somptueux Chow Yun-Fat (déjà présent dans les deux premiers épisodes du Syndicat du crime), un de ses plus beaux rôles. L'année d'après, il réalise son film le plus noir (et son meilleur pour beaucoup), A bullet in the head.
Après Hard boiled, toujours avec Chow Yun-Fat, John Woo part aux Etats-Unis. Tsui Hark, Kirk Wong, Ringo Lam et Yuen Woo Ping (chorégraphe des combats de Matrix) le suivront plus tard. S'imposer à Hollywood lorsqu'on est asiatique est très difficile, et il faudra cinq ans et deux échecs à John Woo pour imposer son style avec Face/Off (1997) interprété par Nicolas Cage et John Travolta. Le succès de ce troisième film américain est énorme et permet à John Woo, au-delà des budgets mirifiques, d'avoir plus de liberté dans son travail. Il n'en reste pas moins que ses films américains n'atteignent jamais la beauté et la radicalité de ses films réalisés à Hong Kong. Mais peut-être nous fera-t-il mentir le 26 juillet, avec la sortie de Mission : impossible 2 ?




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