Hocus Pocus
15 - Depuis quinze ans, les nantais de hocus pocus ont tout connu… des mjc désertes des débuts jusqu'aux festivals surpeuplés, de la k7 autoproduite jusqu'au disque d'or. Une reconnaissance qui récompensait place 54, leur album précédent, sous l'impulsion du titre “smile”. Un morceau qui redonnait le sourire au hip hop hexagonal, résumant parfaitement la griffe hocus pocus : un rap groovy et positif, technique et référencé, joué avec de vrais instruments.
6 - Au fil du temps, le groupe s'est en effet étoffé de vrais musiciens. Un incontournable signe distinctif du sextet : hervé (basse), david (guitare, mais aussi chant), antoine (batterie), mathieu (piano) et dj greem aux platines, entourent désormais 20syl, rappeur, chef d'orchestre de la bande et premier instigateur des compositions.
16 - Après 73 touches en 2005, leur premier véritable album, puis place 54 en 2007, deuxième disque mais première expérience en major chez motown france, hocus pocus renoue avec l'amour des chiffres pour ce troisième album, baptisé 16 pièces. 16 pièces, ce sont simplement 16 pistes qui forment un puzzle musical unique, mais qui possèdent chacune leur univers propre.
7354 - Musicalement, ce nouvel album refuse toujours de céder aux sirènes éphémères de la mode et revient aux fondamentaux. Musique moléculaire préférant la juxtaposition à la dilution des genres : les nouveaux morceaux s'enfoncent un peu plus loin dans le hip hop de 73 touches, un peu plus profondément dans la soul jazzy de place 54. Tout en conservant son efficacité, le répertoire gagne ainsi en relief et homogénéité.
2506 - Composé dans le (home) studio de 20syl, à nantes, entre avril et juin 2009, 16 pièces affirme cette volonté de figer le temps, avec des lyrics qui retranscrivent les humeurs spontanées de l'époque. Le titre “25/06” en est le parfait exemple. Écrit le jour de la mort de michael jackson, il stigmatise l'information spectacle, exploitée par les médias. Un titre qui, à l'instar de “100 grammes de peur”, repose presque uniquement sur le texte, preuve d'une maturité d'écriture chez 20syl qui s'affirme au fil des albums. Chaque titre reflète désormais la réflexion lucide d'un rappeur trentenaire, qui a su prendre du recul sans renier sa passion.
2 - Un thème que l'on retrouve abordé en compagnie d'akhenaton sur le premier single, “ a mi-chemin”, autoportrait schizophrène et jazzy autour du paradoxe de l'artiste, à la fois personnage public déconnecté du réel, et individu lambda ancré dans le quotidien. Outre le leader du groupe iam, oxmo puccino vient lui aussi offrir sa vision poétique de la vie dans “equilibre”. Deux rencontres attendues de longue date et pourtant inédites, hocus pocus osant seulement pour la première fois se confronter à ses propres mentors dans le rap français.
44 - Eternel passeur, le groupe nantais expose au grand jour la passionnante chanteuse soul anglaise alice russell sur « beautiful losers », et laisse aussi s'exprimer quelques jeunes talents locaux dont on entendra bientôt parler bien au-delà du département 44. Élodie rama, l'amie de longue date déjà présente sur place 54, dont les intonations de billie holiday illuminent “portrait”. Mais aussi gwen delabar, en grande forme sur “marc”, virevoltant plaidoyer plein d'humour sur le consumé- risme. Fervent adepte de l'absurde, hocus pocus s'en donne à coeur joie sur ce titre, mais aussi sur “j'voudrais savoir”, duo aux couleurs afrobeat avec l'ex-procussions stro the 89th key, habitué de l'exercice puisque déjà présents sur les deux précédents opus. Revendicatif par essence, le hip hop à la sauce hocus pocus n'est ainsi jamais donneur de leçon, préférant poser des questions plutôt que d'imposer des réponses, optant pour l'ironie plutôt que l'agressivité.
1 - Hocus pocus reste unique en son genre et 16 pièces, disque foisonnant mais joueur, synthétise parfaitement quinze ans d'expériences et de passions multiples, porte-flambeau d'un groupe devenu majeur, dans son âge comme dans son art.
